|
14 octobre 2004: 1e lettre!
Patrick me signale qu'il doit composer avec un clavier
QWERTY sans accents.
Aussi,
afin de faciliter la lecture des lettres, je me permets
quelques corrections orthographiques, sans toucher au
style ni à la ponctuation. Le "vécu"
de la lettre reste ainsi intact.
François, Webmaster par intérim
"Calcutta 2 le retour. 1ere lettre
le Jeudi 14 octobre 2004
Nous sommes arrivés hier matin à 7h00
avec 27 degrés de temperature. Première
impression : d'être partis la semaine derniere,
alors que ca fait déjà 6 mois que nous
quittions l'Inde.
Même chaleur (30 degre en moyenne), mêmes
odeurs (difficile de se réabituer), même
bruit, bien que hier était un jour de fête
(ouverture des Puja de Durga et véritable fête
à partir de mercredi prochain jusqu'à
la fin de la semaine) et aujourd'hui ferié comme
tous les jeudis. Notre logement est a l'hôtel
Neelam près du quartier de Sudder Street, proche
des quartiers riches. Grande chambre pour deux, mais
on cohabite avec les rats (vus sur la fenêtre
hier soir) et de minuscules fourmis qui m'ont grimpé
dessus toute la nuit. Ventilateur nuit et jour, je sais
que je dois vous parler une autre langue, sachant qu'il
fait dejà assez froid àFont-Romeu. Notre
premier repas en Inde aura été hier soir
a 18h ... par le pain Eucharistique a St Mary's church.
Pour terminer ce premier contact, je vous partage ce
Psaume trouvé dans l'avion par hasard (comme
quoi il fait bien les choses) :
Psaume 138
"je gravis les cieux (avion): tu es là;
je descends chez les morts (kalighat): te voici;
je prends les ailes de l'aurore (vers l'Orient)
et me pose au-dela des mers (ocean indien):
même là, ta main me conduit, ta main droite
me saisit."
Nous commencerons à travailler dans les centres
des Missionnaires demain matin.
A bientôt, on prie pour vous tous, pour la paroisse,
pour chacun.
Patrick
Retour au calendrier des lettres
17 octobre 2004: 2e lettre
Dimanche
17 Octobre. Calcutta
Voila
déjà 3 jours que nous travaillons dans
les centres des Missionnaires de la Charité.
Le paradis au coeur de l'enfer ! C'était notre
remarque lors de notre précédent voyage.
Ca se confirme de plus en plus, les pauvres sauveront
le monde ! Pourquoi ? Voici ma réflexion d'hier,
alors que j'étais au chevet d'un homme mourrant
: Il était couché vers le fond, les yeux
grands ouverts dans le vide, froid comme un glacon,
inspirant en creusant ses joues, expirant par la bouche
comme s'il faisait des bulles. (ces petits détails
descriptifs sont importants ici, car ils caractérisent
les petites manies de chaque malade qui les rends si
attachants). Je m'en était occupé le matin
pour le faire manger au petit déjeuner, et le
même pour le repas a 11h. Il ne voulait évidemment
rien prendre. Donc, il fallait lui mélanger son
"cha" (the indien au lait) avec le riz. Puis
par petites cuillères essayer de lui ingurgiter
au moins une partie du plat. Les hommes ont tendance
à ne plus vouloir manger et se laisser mourir.
Leur survie des fois, ne tiens qu'à un petit
effort de leur part, mais aussi peut-être à
une insistance de la notre. L'après-midi, c'est
plus calme a Kalighat. (c'est le nom du quartier, car
c'est l'endroit du Temple de Kali, déesse indoux
de la mort. Le centre s'appelle en fait Nirmal Rhidey
en indhi, ce qui signifie : la maison du coeur pur.
C'est la maison du premier amour de mère Teresa)
Lors du goûter-repas, je m'occupe ànouveau
du même petit vieux. J'essaie de le faire manger,
mais là il ne veut rien prendre. Je me bagarre
un peu, mais voila qu'Andy, un allemand volontaire qui
est là-bas depuis plusieurs années, m'explique
(en anglais) que c'est inutile. Il est en train de partir
au ciel, et il serait bien de prier pour lui, c'est
ce qu'il y a de mieux à faire en cette fin de
journee. Je prie alors sur cette âme qui s'élève
petit à petit. Un coréen me rejoint, visiblement
très touché. Je lui fait signe de mettre
sa main sur la tête du malade et le volontaire
semble entendre là une invitation inespérée.
Nous prions tous les deux en silence. Pendant ce temps,
je regarde aussi tous les autres. Il me vient alors
cette pensee : ils portent les souffrances et les misères
de toute notre paroisse. Nous sommes venus, Jean-luc
et moi avec vos intentions, vos prières, vos
coeurs, et je me rends compte combien c'etait important.
Ces pauvres les ont pris, inconsciemment, mystiquement,
dans leurs maladies, leurs souffrances physiques et
psychologiques, dans leur misère. Vos pauvretés
se sont transférées, déplacées
sur leur pauvreté à eux. C'est presque
visible dans cet instant immortel de prière.
Et notre foi, notre coeur uni à celui de Jesus,
nous fait offrir à notre tour, leurs pauvretés
au Coeur de Jésus. Et le mystère eucharistique
prend ici un poids d'une telle gloire, d'une telle force,
qu'on ne peut plus recevoir le Corps du Christ à
la communion, sans recevoir le corps souffrant de Jésus
en ces pauvres, et sans avoir une larme qui monte,
tant
on comprend ce qui se passe dans cette offrande
du Christ dans l'Eucharistie. Déjà
sentie en Mai dernier, cette réalite se
concrétise encore, s'incarne dans ce travail
auprès des plus pauvres parmi les pauvres.
C'est une grande grâce que d'être
là, et les "anciens" de Calcutta
sauront de quoi je parle et vous le temoignerons.
Difficile de le partager avec des mots. J'essaierai
de vous en donner une impression aux cours de
ces lettres.Partager cela avec vous est vraiment
un grand bonheur, car celà nous met en
communion avec Font-Romeu et le secteur, |
 |
avec
vous tous, avec tout le monde. Il n'y a que les mots de
Jesus qui me viennent pour vous dire combien il faut venir
au Coeur de Jesus, répondre à sa soif d'amour
de nous et des pauvres : "Si tu savais le don de
Dieu. C'est toi qui lui demanderai de te donner à
boire et il te donnerait de l'eau vive. Avec cette eau
on n'a plus jamais soif." On ne demande plus à
boire car on boit directement a la source divine, on est
en permanence avec le Seigneur, comme Adam l'était
dans le jardin avant la chute. Mais il eut soif d'autre
chose que Dieu, et son choix lui a donné une secheresse
que l'on ne peut pas réhydrater. Venir à
Jesus dans l'Eucharistie, àl'adoration, c'est venir
aimer l'Amour qui n'est pas aimé, comme le disait
St Francois d'Assise. Ici, à Calcutta, nous avons
fait un long chemin de 8000 kms pour venir trouver la
source qui ne tarit pas, l'eau qui étanche toute
soif. Mais elle n'est pas qu'ici, elle est partout autour
de nous. Nous ne sommes venus que parce qu'ici nous avions
besoin, nous, de nous dépasser, de briser des chaines
occidentales, nous dépouiller dans la pauvreté
de toutes ses richesses qui encombrent notre vie (pas
forcement les matérielles). Certains auront l'appel
pour venir ici, d'autres ailleurs, d'autres encore chez
eux, dans leur famille, leur travail, comme Gérard,
un volontaire français qui est reste de nombreuses
années a Calcutta, mais qui a préferé
rentrer auprès de ses parents âgés,
parce que pour lui l'important était d'être
avec eux, qu'ici en Inde avec les plus pauvres. Le plus
important est d'être attentif à cet appel
de Dieu, là où il nous veut.
En conclusion de cette longue lettre, je redirais combien
nous devons vénérer ces pauvres qui portent
nos misères, nos souffrances pour nous, et le Christ
les prend pour notre salut a tous. En habillant les malades
hier, en voyant ces pantalons de cotons et ses chemises
toutes pareilles, je me disais qu'ils étaient leurs
habits de gloire, que je touchait là des saints
et leurs habits de lumière.
Je vous souhaite à tous d'entrer dans cette contemplation
dans la prière, l'adoration, le service aux plus
pauvres, chez vous, là où vous êtes.
En communion avec vous nous prions tous les jours pour
vous la bienheureuse Mère Teresa, sur sa tombe
à la maison mère (Mother House), elle qui
est patronne spirituelle de nos paroisses. Sa présence
à Font-Romeu est, je le crois, une grande grâce
pour tous, même pour les non-croyants. Elle a un
message de la part du Christ à nous communiquer,
à nous faire vivre dans la grâce.
God bless you.
Patrick
Retour au calendrier des lettres
21
octobre 2004: 3e lettre
"Lettre
du 21 Octobre - Calcutta
J'aimerais vous partager aujourd'hui la matinée
à Kalighat (le mouroir où nous travaillons).
St Jean de la Croix nous parle, dans un poème,
du berger qui a "le coeur d'amour dechiré".
Je me suis apercu hier que nous commencions à
entrer dans la routine du boulot et que Dieu devenait
secondaire dans notre service aux plus pauvres.
Nous ne sommes pas là pour ca, vivre Calcutta
comme une simple expérience de vie, de partage
et de don aux plus pauvres. En tant que chrétiens
nous avons le devoir de donner l'amour du Christ
par notre pauvre amour. Sinon, c'est en vain que
les batisseurs construisent, que le veilleur veille,
que nous servons.
En
partant, à midi, 3 malades étaient
entrés dans mon coeur, parce que
j'avais demandé au Seigneur de me
donner une âme ou plusieurs à
aimer profondement aujourd'hui. Et chaque
fois il me les donne, il me les met sur
mon chemin. Comment douter de Sa Presence
a nos côtés. Ste Thérèse
de l'Enfant Jésus disait que l'on
recevait de Dieu à la mesure de ce
qu'on lui demandait.Ces trois malades, je
vous les confient a votre prière,
car je veux que vous soyez là aussi
à nos côtés, à
votre manière, avec vos moyens que
sont la prière et l'amour. |
 |
Pour l'amour de Dieu, je vous en supplie, laissez
de côté votre tête, votre intelligence,
vos reflexions, votre pitié, et AIMEZ tout
simplement ces gens, ceux là qui sont loin
et ceux là qui vous sont très proches.
Les aimer profondément, pleinement, comme
si leur vie, leur survie dépendait de vous
, de votre petite prière à vous. Et
si Dieu vous demandait d'offrir votre coeur pour
un seul de ses petits ? Nos malades ici ont des
numéros de lit. On ne connait pas leur nom,
ils sont sur le registre, mais nous n'y avons pas
facilement accès.Le
numéro 8 est un jeune de 30 ans, très
maigre, aujourd'hui il souffre terriblement
de douleurs musculaires, il est plié
sur lui-même pour se soulager. Je
l'ai massé presque 1 heure, faisant
son bonheur. Le numéro 31 a la méningite
et risque de ne pas finir la semaine. Le
numero 32, à l'entrée, est
un jeune d'environ 20, 25 ans, très
très faible, je vous en dirai plus
sur lui, je vais le revoir cet après-midi.
Tenez moi au courant de vos prières.
C'est pour eux que je vous remercie d'avance.
Que Dieu vous bénisse.
Patrick"
|
|
|
Retour
au calendrier des lettres

3
novembre 2004: 4e lettre
Bonjour
à tous, après quelques jours d'absence.
Vivre à Calcutta un certain temps implique
de savoir prendre du repos et sortir de la grande
ville quelque temps. C'est pourquoi nous sommes
partis nous reposer et visiter une semaine, un
petit coin de l'Inde si grande. Plusieurs jours
a Darjeeling, au pied de l'Himmalaya et crochet
rapide d'un jour par Benares, ville sainte de
l'Inde Hindoux. Ce que nous retirons de ces quelques
jours, ce sont des heures de train. |
 |
 |
Avant
de vous donner mon impression sur ce periple,
je voulais vous tenir au courant des jeunes pour
qui je vous avait demandé de prier particulierement.
Le jeune "Om" (c'est son nom Hindoux)
était rentré alors depuis 3 jours
a Kalighat. Un francais volontaire qui est là
depuis quelque temps m'a raconté son aventure.
Om avait été trouvé dans
la gare d'Howrah, la plus grande gare de Calcutta
(parait-il d'Asie ?). Soigné à Kalighat,
ils l'avaient renvoyé dans sa famille,
dans un autre état de l'Inde, en lui payant
son billet de train. |
Mais
au lieu de rentrer chez lui, il était descendu
du train, avait revendu son billet, et
s'etait acheté des vêtements
neufs et était allé faire la fête.
Bref, un enfant prodigue comme dans l'Evangile. Mais
la fin de l'histoire est différente. Ils l'avaient
retrouvé encore une fois en piteux état
dans la gare, et lui avaient fait comprendre que ce
n'était pas sérieux. Qu'à présent,
tant pis pour lui, il devait ne s'en prendre qu'a lui-même.
Pour finir, ils l'avaient retrouvé vraiment très
malade et l'avaient à nouveau ramené à
Kalighat. Là, je
l'ai
rencontré. Même si nos langages étaient
differents, je l'aimait bien et j'avais eu le
privilège de passer la messe du Dimanche
en lui tenant la main, moment très fort
ou l'Eucharistie s'incarne, se vit dans la misère
et le corps des pauvres, où le Christ resplendit
en eux et dans son hostie comme jamais ailleurs
je n'ai pu le sentir. Le Corps du Christ se "matérialise"
en quelque sorte dans cette 50aine de malades
présents, attentifs au mystère qui
se célèbre. Nous sommes partis une
semaine et cet après-midi je suis allé
à Kalighat. Mon jeune Om n'était
plus là, la tuberculose l'avait emporté
bien vite, ici le temps n'attend pas. Un autre
malade de 40 ans (on lui aurait donné 25)
qui avait terriblement mal aux articulations,
est mort lui aussi courant de la semaine. |
 |
Dans
ces heures de trains de ces derniers jours, je me faisait
la reflexion : qu'est ce que l'Inde m'apporte ? Et je
trouvais une multitude de choses, si faibles chez nous,
si fortes et vivantes ici : la beauté, des gens
et des choses, des monuments et des paysages, des regards
et des visages, des saris et de leur vie, pauvres ou
non. Mais aussi j'ai appris d'eux la patience (16h30
de train cette nuit, 10h hier, 9h d'attente dans une
gare ...), mais aussi l'urgence, car ici la vie ne s'écoule
pas comme un fleuve tranquille ! Elle va vite, à
son rythme, certes, à l'indienne, mais la vie
croit sans cesse, elle passe, naissance et mort s'enchevêtrent,
se mêlent, se confondent, et il est inutile d'en
retenir une, de ralentir
 |
ce
foisonnement de vie et de mort. Prendre le moment
présent, car plus tard est déjà
trop loin, tout peu changer, tout sera different
forcément. Chaque jour est nouveau, imprévu,
déstabilisant, motivant et vivifiant par
conséquent. On n'a pas le temps de s'assoupir,
ou alors c'est de fatigue, on n'a pas le temps
de remettre au lendemain. Aimer maintenant, pleinement,
totalement, comme on peut, mais au maximum, car
demain ce sera peut-être trop tard, ce ne
sera pas possible pour telle ou telle personne.
|
Comment
ne pas vouloir rester ici où la vie se brûle
comme une allumette, mais c'est si beau.
Comme dit la rumeur : en Inde
on y reste ou on la fuit.
Pour reprendre notre voyage touristique, je peux dire
que nous avons vu des merveilles comme l'Inde sait les
produire. Des jardins de thé de Darjeeling au
sommets de 8500 m d'altitude de l'Himmalaya, de cette
ville à plus de 2000 m au froid glacial que nous
connaissons à Font-Romeu, du sommet de l'Everest
que nous avons entrevu à l'horizon aux temples
bouddhistes tibéthains, puis les gaths de Benares
grandioses dans l'architecture des palais des maharadjas,
au culte solaire primitif que nous avons vu au lever
de l'astre, nos yeux débordent de beauté
sauvage et saisissante. Notre expérience plus
douloureuse fut surtout les interminables heures d'attentes
et de train. Nous avons appris a nous dépouiller,
ne plus penser ou réagir devant le temps qui
passait malgré nous. C'est aussi ca vivre ici,
c'est recevoir sans maitriser qui que ce soit. Alors
Dieu peut agir ...!
Patrick
Retour
au calendrier des lettres

6 novembre 2004: 5e lettre
|
Bien
cher tous, voilà déjà bientôt
un mois que nous sommes en Inde, et il me semble
que celà ne fait que une ou deux semaine
à peine. Jean-Luc se prépare à
son retour en France, préparez vous à
le recevoir, il ramène plein de souvenir
dans la tête et dans son coeur. Nous avons
repris le rythme de Calcutta, le bruit, la pollution,
la chaleur (25 degrés environ, il fait
bon, pas trop chaud, on ne fait plus fonctionner
les ventilateurs la nuit !). |
 |
Aujourd'hui
fut une journee bien caractéristique de Calcutta,
et de l'Inde en général, où se
mêle la vie et la mort. Ce matin j'étais
dans le centre de Sishu Bavan, près de Mother
House. Réservé aux femmes car ce sont
des tout petits enfants orphelins et des plus grand
handicapés. J'ai eu à nouveau ce privilège
de pouvoir y passer. En effet, avec Marc, lors de notre
premier séjour, ce fut là notre premier
contact avec un centre. Cette fois-ci, c'est pour le
travail.
 |
On
m'a chargé de peindre une fresque sur les
murs du jardin d'enfants des petits (4/5 ans). Je
fait donc le repérage et devrais commencer
courant semaine prochaine, les après-midi.
Un bon moment avec ces enfants qui viennent aussitôt
sur mes genoux, discutent, grifonnent sur mon carnet
de dessin. J'en profite pour leur donner des images
de Marie, de Mère Teresa, du Sacré
Coeur et de l'Ange Gardien que j'avait photocopiés
avant de partir. Ils adorent, ils vont même
chercher les copains pour que je leur en donne.
Bisous tendres aux images, ils les mettent bien
rangées dans la poche de leur chemise. Mais
une femme en sari arrive et me dit qu'il ne faut
plus leur en donner, car certains marchent sur les
images de Marie ... et ce n'est pas bien ! L'image,
pour les indiens est tres importante, elle est le
support de la veneration, et donc tres sacrée. |
Cet
après-midi ce fut Kalighat. Normalement je devrais
faire le contraire : Kalighat le matin, Sishu Bavan
l'après-midi, mais aujourd'hui je devais être
à mon hotel à 10h pour changer de chambre,
je commence à me préparer à rester
seul à Calcutta, et donc prendre une chambre
en solo.
|
A Kalighat,
deux malades âgés sont en train de
rendre leur âme, et comme disait Andy, ils
montent doucement au ciel. L'un d'eux me tenait
les mains pour que je reste près de lui.
Depuis que je suis à Calcutta, le chapelet
de la Miséricorde découvert cet
été, sert plus que jamais, puisqu'il
parait qu'il faut le dire en particulier pour
les mourants. Je vous les confie !
A bientôt, on prie pour vous, ne nous oubliez
pas.
Patrick
|
 |
Retour
au calendrier des lettres

11 novembre 2004: 6e lettre
Jean-Luc
est rentré hier pour la France, je pense que
vous ne manquerez pas de le voir et qu'il vous racontera
son séjour. Priez toujours pour lui et ne m'oubliez
pas ici.
J'aimerai aujourd'hui vous partager une réflexion
qui date d'hier et avant hier durant l'adoration. Deux
points, qui je pense sont essentiels à l'amour
que Dieu nous demande. Il nous dit à chacun :
"j'ai soif". Soif de notre amour, de notre
présence à ses côtés, soif
des pauvres qui sont comme le vecteur de sa Passion
et de sa tendresse. Ces deux points ce sont les pauvres,
et le coeur pur.
Le centre de Kalighat s'appelle en fait "Nirmal
Hridey", c'est à dire en Bengali : la maison
du "coeur pur". Je le mettrai en parallèle
avec le Coeur Immaculé de Marie dont nous célébrerons
en Décembre le 150e anniversaire du Dogme de
l'Immaculée Conception.
"Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu".
Cette béatitude m'a toujours semblée si
difficile à vivre, ne me concernant pas en fait.
Ici, j'ai trouvé ce coeur pur, non en moi, mais
dans le don de l'amour, même imparfait, qui le
rend pur.
Les trois clous de la croix qui tiennent Jésus
sur le bois, je les compareraient l'un au coeur
pur, l'autre à la confiance et le dernier
au don de soit.Trois réalités qui
font que Jésus est sur cette croix, sans
elles il n'a pas de raison d'y être, son
sacrifice est impossible et inutile. Mais plus
encore, il nous donne ses clous, non pour nous
faire souffrir, mais pour nous montrer comment
porter nous aussi cette croix. Coeur pur, confiance
en Dieu, don de soit jusqu'à en mourir,
jusqu'à en vivre. |
Messe
à Khaligat |
Et
les pauvres dans tout ca ? Ils sont la main de Jésus
qui est tendue vers nous, ils sont notre salut, car
ils portent ce que nous n'avons pas su porter et assumer.
Apprenons à nous laisser guérir par Jésus
et par eux. Mais comment ? Je laisse Jésus parler
: "En allant vers les plus pauvres, en aimant les
plus pauvres parmi les plus pauvres. Plus tu les aimeras,
plus ma Face se révélera à toi,
plus tu me reconnaitras en eux. Et quiconque voit ma
Face en est illuminé, et en lui il n'y a plus
de ténèbres, plus de crainte. C'est le
pauvre qui te guéris, c'est par ses souffrances
et sa misère qu'il se fait image de ma Passion
par laquelle je te guéris, que je te sauve. Regarde-moi,
contemple-moi, adore-moi, et tu pourras toi aussi rayonner
pour les autres de ma propre lumière, de mon
amour infini. J'ai les bras ouverts, j'ai les mains
ouvertes, j'ai le Coeur totalement ouvert pour déverser
toute ma miséricorde sur vous, et vous n'y prêtez
pas attention ! J'illumine vos vies, mais vous restez
portes closes, dans votre nuit. Je vous appelle sans
cesse, je vous touche, je vous embrasse, mais vous ne
répondez pas. Car votre coeur est fermé
et dur, il se meurt de ne pas vivre de mon amour. Laissez-vous
aimer par moi, car j'ai soif de votre amour, de vous,
de chacun. Les pauvres seront votre salut car ils vous
montreront que là où l'homme semble disparaitre,
c'est là que peut germer le Royaume au fond de
votre coeur. Venez aux pauvres, cherchez-les, que chaque
jour ce soit votre quête, que chaque jour votre
âme s'emplisse de leur âme jusqu'à
ce qu'elle déborde et se répande alors
tout autour de vous. Remplissez vos coeurs d'amour,
provoquez l'amour en vous. Dites-moi un OUI sincère,
sans cesse renouvelé, ouvrez votre coeur, sans
crainte, et moi je l'emplirai, je le ferai déborder."
Toujours plus, davantage, et encore et encore .... Nous
avons tendance à donner un peu d'amour, de temps
en temps, mais comme un peu d'eau au fond d'une jarre
s'évapore au soleil rapidement, notre coeur s'assèche
avant même que nous puissions le remplir. Cette
eau vive qui nous donnerait cette joie, cette paix et
qui déborderait, ne peux pas "jaillir en
source pour la Vie Eternelle" car il n'y en a pas
suffisament. Il faut que nous apprenions à remplir,
encore et encore plus, notre coeur d'amour pour les
autres, pour les pauvres, pour Jésus, le remplir
pour qu'il déborde. Alors nous pourrons commencer
à nous donner pleinement, dans la confiance et
la Paix, la liberté et la Joie. C'est ce que
j'ai découvert ici ces jours-ci. Et ce besoin
nécessaire du "coeur pur", ce n'est
pas de pieuses pensées ou ne pas dire de méchancetés.
C'est ce coeur qui va progressivement se fondre
dans celui de Jésus, lui ressembler, "s'abîmer"
c'est a dire s'abandonner totalement dans cet
abîme de miséricorde. Que faire pour
celà ? "aimer les pauvres, maintenant."
Comment ? "aimer Jésus, pleinement,
totalement." Où ? "dans le Corps
du Christ, dans ses membres et dans son Eucharistie"
Combien de temps ? "A jamais, pour l'éternité,
sans cesse." Jusqu'où ? "Encore
et encore, toujours plus, jusqu'à en mourir,
jusqu'à en vivre." |
 |
L'expérience
du volontariat à Calcutta chez Mère Térésa
est un dépouillement obligatoire et doux de tout
ce qui encombre nos vies. Loin de cette vie occidentale
qui tue en nous l'amour et la joie, les pauvres sont
le regard de Dieu qui nous dit toute sa tendresse et
sa beauté. Je redoute quelque peu ce retour en
France, car on ne trouve quasiment pas ces regards et
ces sourires. Etre ce sourire là, ce regard là
est peut-être l'enjeu, la mission à rapporter.
Vous partager ces reflexions me permet aussi de me les
dire à moi-même, car ne croyez pas que
je vous fait la leçon, bien au contraire. J'apprend
comme l'élève qui est heureux de partager
ce qu'il a découvert aujourd'hui. Reste à
le mettre en pratique. Mais ensemble, et déjà
maintenant, nous pourrons le faire si nous sommes vraiment
"le corps du Christ", unis et remplis de l'Esprit
qui vivifie. Marie a ce coeur Immaculé pour nous
y aider. Les Missionnaires de la Charité ont
pris ce Coeur comme source de leur vocation avec le
"j'ai soif" de Jésus sur la Croix.
Ce Coeur de Marie, ô combien pur, est celui qui
n'attend que le notre pour l'unir à celui de
Jésus. Qu'en cette année sainte où
nous allons consacrer toute nos énergies, nos
coeurs à ce Mystère de l'Eucharistie,
nous apprenions de Lui à aimer les pauvres, à
nous aimer aussi, pour consoler ce Coeur qui n'est pas
aimé, pour pouvoir lui dire en vérité
: "oui, je veux, je désire être saint
comme Tu es saint, avoir ce coeur pur de l'amour comme
le tien, aimer les hommes pour que par mon coeur, Tu
puisses les saisir, les aimer, les bénir et les
guérir."
Que Dieu vous bénisse tous. Je vous confie toujours
à la priere de Mere Térésa en priant
tous les jours pour vous sur sa tombe.
Patrick
Retour
au calendrier des lettres

14 novembre 2004: 7e lettre
Dernière
minute de Calcutta.
| Petites
infos de ce matin à Kalighat. Celà
faisait quelques jours que je n'avais pas pu aller
à Kalighat à cause de la fresque que
je fais à Sishu Bhavan chez les petits. Service
aux Missionnaires de la Charité implique
de ne pas toujours faire ce que l'on veut. Les soeurs
m'ont déjà demandé de faire
3 autres fresques alors que la première n'est
pas tout à fait terminée ! Je vais
quand même essayer d'aller l'après-midi
à Kalighat, ça me manque énormement,
j'ai besoin de ma "source". |

Fresque
réalisée par Patrick
|
Ce
matin Dimanche, j'ai pris la décision d'aller
à Kalighat voir les malades qui deviennent des
amis, et pour la Messe à Kalighat qui est toujours
un moment d'exception. Kalighat est le seul endroit,
où par reflexe, je fais un signe de croix en
entrant. C'est vraiment mon sanctuaire où le
Christ manifeste sa Passion au quotidien, où
la messe se vit dans chaque malade.
Matinée chargée ce matin en nouveautés.
Andy, volontaire depuis bien des années, est
passé nous voir avec ces 4 jeunes handicapés
mentaux qu'il a adopté. Des jeunes tout souriants,
épanouis, qui ont trouvé auprès
de lui un foyer de vie et d'amour. Il est resté
avec eux pour la messe.
En entrant à Kalighat, j'entend un cri d'enfant
qui pleure !!!!!!! Un enfant d'une dizaine d'années
est entré ces jours-ci, ce qui est plutot rare.
Les plus jeunes ont au moins 15 ans. Les soins qu'on
lui fait le font pleurer, il a une énorme plaie
au pied, une main attrophiée, une large cicatrice
sur le haut du crâne. Dans la matinée,
je m'approche de lui, le regarde. Il tourne la tête
vers moi, fixe, sans expression. Je lui souris, lui
fait des signes de tête et le miracle s'accomplit
: il me fait un large sourire, comme une réponse
qui parle de vie. Un sourire comme les indiens savent
en avoir, tout rayonnant, les dents bien blanches, une
lumière sur leur visage qui fait tomber tous
soucis, toute crainte, toute tristesse. A l'heure du
repas, je le fais manger et l'asseyant, l'appuyant contre
moi. A la cuillère, il mange bien. Mais au bout
d'un moment il se sert lui-même avec les doigts
(les indiens mangent avec les doigts la plupart du temps),
me montrant qu'il veut se débrouiller seul.
| Je
l'aide un peu, car je pense qu'il a des problemes
de vision, il va chercher la nourriture au delà
du plat, comme s'il n'arrivait pas évaluer
les distances. Un autre malade, très maigre,
25 ans environ, se fait soigner des escarres aux
fesses profondes jusqu'à la chair. Il se
plaint dès qu'on le touche, gémit,
pleure. Un volontaire aide le medecin femme aux
soins, donc personne pour être a ses cotés.
Le voyant souffrir sans pouvoir trouver une aide,
je vais lui tenir la main, être près
de sa tête. Je lui serre la main quand il
a mal, le réconforte quand il parle en bengali.
|
|
Soudain,
il se met a chantonner, comme s'il était passé
au delà de sa souffrance, comme si la vie avait
encore quelque chose à dire, a espérer,
au fond de lui.
Un nouveau vient d'arriver, deux volontaires suisses
l'ont ramassé à la Gare d'Howrah. Ils
sont en train de le désabiller pour le laver.
Je rentre aux douches pour voir. De ses poches tombent
des pièces, surement son salaire de mandiant
de la journée. Son pied est complètement
pourri, rempli de vers. Comment font-ils pour supporter
de telles souffrances ? Un volontaire espagnol me dit
qu'il a entendu dire que leurs souffrances sont telles,
que le cerveau décroche et ils deviennent simples
d'esprit, tant leurs blessures se prolongent dans le
temps. C'est vrai que beaucoup ont fait sauter un plomb,
on imagine un peu pourquoi.
 |
Un
groupe de touriste arrive après la messe,
visite courante à Kalighat le Dimanche matin.
Ouvert a tous, le centre veut être la vitrine
de ce que la pauvreté peut être. En
tant que volontaires, nous sommes toujours choqué
par ces "visites", on a l'impression d'être
au zoo, certains font des photos, d'autres amènent
un plat à un malade, ils font leur B.A. de
la journée. Difficile d'être compatissant
envers eux, mais peut-être nous serions heureux
si nous étions à leur place, pouvoir
entrevoir quelques instants ce qu'est la vraie misère,
pouvoir approcher les pauvres, même maladroitement.
Mère Teresa voulait donner à tous
l'occasion de toucher les pauvres, ce qu'elle nous
donne en tant que volontaire c'est ca aussi. Alors
ne jugeons pas, aimons et trouvons que chacun est
béni, là où il en est, comme
il est. |
Matinée
forte en émotion, que l'Eucharistie et l'adoration
nous font digérer, interioriser, transfigurer.
Sinon, comment peut-on accepter ca, comment peut-on
vivre sereinement après avoir vu ce que nous
voyons ? Dans le Christ, tout celà se transforme
en paix, joie et amour. Si, c'est possible !
Priez pour ces malades qui ont besoin de vous, là
où vous êtes, vous êtes plus importants
que vous ne le croyez !
Patrick
Retour au calendrier des lettres

23 novembre 2004: 8e lettre
Dernière semaine à passer à Calcutta,
déjà, et on a l'impression d'arriver à
peine. Une vie qui s'est construite ici, et qu'il va
falloir bientôt quitter ! Mais on va revenir,
c'est sur !!!
Ce matin, j'ai encore changé d'hôtel pour
une chambre plus grande et plus silencieuse, mais un
peu plus chère. Ce sera ma 6e chambre en Inde.
Tout à l'heure, à l'adoration, je me faisais
cette réflexion : que signifie cette manie des
soeurs à "casser" l'ambiance chaque
fois qu'il y a un moment très beau, reposant
ou intime avec Dieu ? Par exemple, à l'adoration
l'autre jour, elles avaient allumé des luminions
rouges sur l'autel devant l'ostensoir, eteint toutes
les lumières, avaient disposé au milieu
des volontaires des bougies. C'était tres beau,
une paix descendait sur nous tous et enfin nous trouvions
un temps d'intimité avec Jésus, un temps
de contemplation, d'adoration dans un cadre beau, invitant
à la méditation, à la prière.
Au bout de 10 mn, allumage des néons ! Le choc
est très, très, très dur !!!!!!
Pourquoi ? On ne le saura jamais, c'est la spécialité
des soeurs des Missionnaires de la Charité !
Pourquoi laisser les fenêtres ouvertes sur un
boulevard à grande circulation, claxons, tram,
gens qui crient ...etc ? Il serait si simple de fermer
les fenêtres (je vous rappelle qu'il fait 25 degrés
en moyenne ici !). Ce soir, donc, je pense avoir trouvé
une reponse qui nous invite à revoir nos critères
en ce qui concerne la pauvreté.
| Le
pauvre dans la rue, ne connait pas les joies, le
repos, les belles choses que nous connaissons au
quotidien dont nous profitons tous les jours, dont
nous faisons une overdose sans nous en apercevoir,
car si on nous enlève le week end, la télé,
un bon bouquin, un canapé confortable, une
belle décoration de notre maison, et j'en
passe, nous allons être en manque, nous allons
déprimer et trouver que nous devenons marginaux.
On ne peux plus s'en passer ! Pensons un instant
au pauvre de la rue. |
 |
Je vous montrerai les photos en rentrant vous comprendrez
mieux, mais faites déjà l'effort de vous
imaginer leur vie quotidienne:
levés à l'aurore, pas de montres évidemment,
ils ont couché en famille, mari, femme, 4 ou
5 enfants, sous leur toile de plastique, le long du
trottoir. Dedans, des sacs, quelques ustensiles de cuisine.
Ils dorment à même le sol. Pensons aussi
qu'il y a des rats la nuit qui circulent, des cafards
gros comme le pouce, qu'il y a un point d'eau à
une fontaine à pompe pas très loin, mais
on ne se change pas tous les jours, je dirais une fois
par semaine ! Toilette par contre tous les jours en
principe, dans la rue. J'ai vu des enfants qui étaient
quand même noirs comme s'ils sortaient d'un tas
de charbon et qui sont venus s'aggripper à moi,
je pense que plusieurs semaines avaient du passer sans
qu'ils ne se lavent un jour. Bref, il y a la journée
qui passe en mendicité dans la rue pour les enfants
et les femmes, l'homme travaille mais ne gagne pas assez
pour payer un logement.
Leurs petits bonheurs ? Ca peut être d'avoir ramené
quelques roupies de plus, avoir trouvé un fruit
ou un pull dans une poubelle. Ca peut être aussi
un blanc (un occidental) qui s'est arrêté
et a fait un bandage à un des enfants, sur une
méchante blessure qui s'infecte depuis plusieurs
jours. De toute façon, quoi qu'il puisse arriver
de bon, leur bonheur est éphémère,
il ne dure que quelques instants, car la vie de la rue
revient au galop. Comme si les soeurs faisaient exprès,
ou etaient imbibées de cette pauvreté
qu'elles côtoient tous les jours. Briser ce confort
qui s'installe, empêcher de pouvoir se reposer
sur quelque moment que le pauvre de la rue ne connaitra
jamais ou si peu.
Nous n'appelons pas ça du confort, nous. C'est
naturel, normal, évident. Combien est enrichissant
de côtoyer cette pauvreté car un monde
nous apparait si différent de celui que nous
pensions commun a tous les êtres humains. Non,
la vie est ailleurs que dans ces plaisirs que nous connaissons,
anodins mais qui nous éloignent des autres, de
ceux qui sont là, en bas, dans la rue, loin de
notre vie. Seigneur, que nous sommes pauvres ! Ce sont
nous les plus pauvres, et eux les riches. Ils ne connaissent
pas leur richesse, nous ne connaissons pas notre pauvreté.
Heureux les pauvres, ils obtiendrons le Royaume des
Cieux. Et nous ? Ce n'est peut-être pas d'ailleurs
une pauvreté materielle qui nous est demandée,
mais de savoir lâcher des choses, petites, simples,
pour vivre en humains et non en profiteurs, en blasés.
| Hier,
j'étais là quand un homme de 61 ans
est mort à Kalighat, presque sous mes yeux.
Resté seul près de lui quelques instants,
j'ai vu couler sa dernière larme alors qu'il
était mort. Cette larme fut un moment très
fort pour moi, et je l'ai essuyée de ma main,
comme pour lui dire : "ne pleure pas, le Royaume
est ouvert pour toi." Il avait un visage incroyablement
paisible, presque souriant. Comme disait Mère
Teresa, ils ont vecu comme des chiens, ici au moins
ils meurent comme des hommes. |
 |
Et
je me disais combien etait important chaque minute d'amour
dans une vie, combien nous les gaspillons chez nous.
Le bonheur n'est-il pas de donner plutôt que de
toujours recevoir, réclamer, demander à
Dieu ou aux autres ? Jésus dit qu'il y a plus
de bonheur a donner qu'à recevoir, c'est forcément
vrai. Mère Teresa aimait à dire quleque
chose comme si tu as soif, trouve quelqu'un à
qui donner à boire, si tu manques d'amour, donnes-en
à quelqu'un qui en réclame, si tu déprime,
va donner de la joie a quelqu'un qui est triste. Et
on pourrait trouver une liste infinie de ces actions
que nous devrions nous forcer à vivre chaque
fois que nous ne pensons qu'à nous même,
à nos petites misères, qui, franchement,
n'en valent pas bien la peine.
Demandons cette grâce durant cette année
consacrée a l'Eucharistie, là où
le Christ s'est fait humble, petit, depouillé
de tout, juste un peu de pain pour nous nourrir de cette
vie où est donné le plus grand trésor,
où est donné la plus grande joie.
Patrick
Retour au calendrier des lettres

7 décembre 2004: dernière lettre
et Synthèse
Mardi
07 Décembre, veille de l'Immaculée Conception.
La Cabanasse (France !)
Ca y est, je suis revenu en France, non sans mal après
annulation du vol Londres/Barcelone, et pas de bagages
à l'arrivée ! Jean-Luc et Marc sont venus
me chercher, secours providentiel qui m'a redonné
courage après quasiment 22h de vols et attentes
diverses. Dans l'avion du retour, nous sommes passés
plus au nord et avons survolé la mer d'Aral,
Moscou, la mer Baltique au sud de la Suède. Temps
couvert sur l'Europe, mais avant, sur le petit écran
qui diffuse films et musique durant le voyage, il y
a aussi la position où nous sommes. Je regarde
donc, pour voir, et je vois que nous passons sur la
mer d'Aral, cette grande mer intérieure en Russie
que l'homme a asséchée, catastrophe écologique
majeure pour notre temps. Je suis donc allé voir
par le hublot. Sous l'aile de l'avion, une immense plaine
désertique avec les courbes de niveaux des eaux
qui peu à peu ont reculé. Au fond, un
espèce de grand lac, ce qu'il reste de cette
mer ! Grand désert blanc de sel, comme un paysage
de neige, mais qui n'est que mort et stérilité,
très pur et vaste, très beau et terrible
!
Aujourd'hui,
je reviens sur tout ce voyage, peu à peu,
je viens de relire les lettres que j'ai envoyées
et que je n'avaient pas relues. Je prend conscience
du choc que j'ai pu vous faire partager, pleurant
sur certains passages qui me disaient : te souviens-tu
? Et je me fais à l'instant cette réflexion
en me souvenant de cette mer d'Aral, qui était
peut-être un signe auquel je n'ai pas fait
attention en passant dessus. Retour vers notre
vieille Europe, couverte de brume et de froid
(il faisait 3 degrés à Londres en
arrivant, et brouillard). |
Mer
d'Aral asséchée par l'homme au sud
de la Russie |
Dernière image avant de rentrer dans notre continent
: cette mer que nous avons asséchée, que
nous sommes en train de réduire à une
flaque d'eau, laissant la mort et la stérilité
à la place. Grande beauté, certes, dans
cette blancheur immaculée, qui pourrait rendre
fier d'avoir découvert un tel paysage, mais la
mort n'a-t-elle pas une beauté malsaine aussi
? Notre monde matérialiste, industrialisé,
riche de toute sortes de choses, a asséché
notre cœur et la source qui nous faisait vivre.
Il y a encore un peu d'eau, mais pour combien de temps
encore ? Avancer, progresser, profiter, s'extasier devant
nos oeuvres, être fier de notre création,
... et finalement oublier que l'homme se déshydrate
du cœur, se meurt du manque de Dieu. Et tous ces
pauvres, dont nous faisons peut-être partis par
moment, où sont ils dans ce désert blanc
? Abandonnés comme ces navires échoués
dans un désert aujourd'hui, alors qu'avant ils
naviguaient sur une véritable mer. A Calcutta,
les pauvres sont au milieu des tas d'ordures, abandonnés
dans les bras de la corruption, des richesses des gens
aisés, rejetés des sécurités
de la société humaine "normale".
Ici en Occident, les pauvres sont ces vieilles carcasses
rouillées et échouées qui gâchent
le paysage, qu'il serait bien d'enlever pour profiter
du repos des yeux sur ce grand désert que nous
avons créé. Vision bien triste en ce retour
chez nous ! Nostalgie déjà de ce paradis
au cœur de l'enfer que nous avons quitté
et qui crie vers nous : espérance, vie et joie,
même dans les plus grandes détresses. C'est
donc sur cette image triste de la mer d'Aral que j'arrêterai
de me lamenter sur notre pauvre sort qui nous culpabilise
tant.
Lever de soleil sur le Gange à Bénarès |
Maintenant
est le temps de la voix qui crie dans le désert,
comme Jean-Baptiste qui préparait la venue
du Messie, temps idéal en cette période
de l'Avent, en cette veille de la fête de
l'Immaculée Conception où nous célèbrerons
le 150e anniversaire de la proclamation du dogme.
Marie, à la Rue de Bac en 1830 nous enseignait
: "O Marie conçue sans péché,
priez pour nous qui avons recours à vous
!", et Marie à Lourdes en 1858 proclamait
: "Je suis l'Immaculée Conception.
Priez pour les pécheurs." |
Des
appels à nous tourner vers le Cœur Immaculée
de Marie, car ce ne sont pas des lamentations que Dieu
désire, il veut de la joie, de l'espérance,
du combat aussi pour que le Mal recule en nous et dans
le monde. Il est vainqueur, en doutons-nous ? Le pauvre
nous enseigne à regarder vers en haut, à
relever la tête, à nous redresser, car
notre délivrance est proche (c'était un
évangile de la semaine dernière). Seulement
une chose est demandée : le vouloir, le désirer.
Après, Dieu agira pour nous. Sommes-nous prêts
à prendre le risque, le risque que tout change
pour nous, le risque que Dieu entre en notre cœur
et en prenne possession ? Nous ne serons jamais prêts,
jamais suffisamment confiants, purs ou courageux pour
faire ce grand saut dans l'inconnu de Dieu. Tant mieux
! Car c'est Lui qui rend prêt, c'est Lui qui sait
quand nous pouvons faire cet abandon, lâcher la
branche comme disait Don Pierre-Marie. C'est Lui qui
nous donne la confiance, c'est pourquoi cette phrase
est inscrite sous le tableau du Christ de la Miséricorde
de Ste Faustine : "Jésus, j'ai confiance
en Toi". Non, je n'ai pas assez confiance en Jésus,
mais il veut que je le répète sans cesse
: oui, j'ai confiance, oui j'ai confiance, jusqu'à
ce que ces mots pénètrent doucement en
nous, que nous les faisions nôtres. C'est vrai
que notre cœur est impur, que notre courage est
celui d'une petite fille pleurnicheuse. Mais Jésus
sait tout cela, il nous dit : Confiance, ne craignez
pas, c'est moi qui donne tout ça, c'est moi qui
vous donne le courage, la foi, la joie, la paix, l'amour,
grâce à l'Esprit Saint que je vous envoi.
Demandez-le et il fera le reste.
| Comme
j'en parlait dans une précédente lettre,
remplissons notre cœur d'amour, essayons d'en
mettre autant que nous pouvons et toujours plus,
pour le faire déborder. Et si nous disons
: c'est moi qui manque d'amour, comment puis-je
en donner ? Alors à l'exemple de Mère
Teresa, donnons de l'amour d'abord, quand même,
même s'il n'y en a pas beaucoup, grattons
au fond de notre cœur pour en extirper le peu
qu'il y a, qui est encrassé, et là
il y aura le miracle. Bernadette a creusée
la boue à l'invitation de Marie, a bue l'eau
trouble et sale de là où les cochons
venaient se mettre à l'abri, et Marie lui
a montré la source pure qui en a jaillie.
|
Surya, Sunil et Patrick |
Nous aussi, faisons cette démarche humble de
descendre dans notre propre pauvreté qui nous
rebute, allons jusqu'à l'endroit que Marie nous
montre, parce que là, nous trouverons la source
que Jésus laisse ouverte à ceux qui ont
soif. Mercredi 08 décembre, une procession ira
à l'Ermitage prier Marie et voir la source redécouverte.
Signe pour notre paroisse, notre diocèse, plus
fort qu'une découverte historique du lieu, un
appel à nous ressourcer, c'est certain.
Marie, apprends-nous à creuser cette fange, à
boire cette boue dans nos cœurs, non pour nous
faire souffrir ou nous dégoûter, mais pour
nous faire trouver Jésus, la source qui nous
désaltèrera. Qui boira de cette eau, n'aura
plus jamais soif, mais de son sein jaillira un source
pour la vie éternelle !
Mère Teresa de Calcutta, donnes-nous des pauvres
à aimer, apprends-nous à répondre
à la soif de Jésus sur la croix, soif
de notre amour et des pauvres. Amen.
Patrick
Retour au calendrier des lettres
Prochain
voyage paroissial à CALCUTTA
en
Mars/Avril 2005
|